La fin de la création de valeur par le levier

Pendant une dizaine d'années, les taux bas ont laissé croire que la performance d'un fonds tenait d'abord à l'ingénierie financière et à l'endettement. La remontée des taux a mis fin à cette facilité. Pour l'auteure, c'est désormais la progression effective de la rentabilité des entreprises qui redevient le principal moteur de la création de valeur : la transformation organique retrouve la première place.

Un métier d'accompagnement humain

Dominique Senequier rappelle que le private equity est d'abord l'accompagnement d'aventures humaines. Connaître l'histoire d'une entreprise, sa culture et ses dirigeants est, selon elle, indispensable pour juger de la cohérence et de la solidité d'une organisation. Dans ce nouveau contexte, le marché fait le tri et privilégie les gérants capables de créer de la valeur par la transformation opérationnelle.

Une classe d'actifs devenue centrale

Les chiffres cités illustrent le changement d'échelle. Les actifs non cotés sous gestion sont passés de moins de 4 000 milliards de dollars en 2010 à plus de 13 000 milliards fin 2023, et pourraient atteindre 30 000 milliards d'ici 2030. Le private equity n'est plus une classe d'actifs « alternative » : il fait partie de la boîte à outils standard des investisseurs.

Dans le même temps, la cote se rétrécit. Aux États-Unis, le nombre de sociétés cotées est tombé de plus de 8 000 dans les années 1990 à environ 4 000 aujourd'hui, et les introductions en Bourse sont passées d'environ 310 par an entre 1980 et 2000 à 99 par an sur la décennie suivante.

Côté performance, l'auteure met en avant un rendement annualisé d'environ 13 % depuis 2000 pour le private equity, contre 8 % pour l'indice MSCI World.

Un accélérateur face à l'intelligence artificielle

Plus de 40 % des emplois dans le monde seraient exposés à l'intelligence artificielle. Pour Dominique Senequier, le private equity peut jouer un rôle d'accélérateur : il apporte du capital de long terme et des équipes spécialisées capables d'accompagner des transformations complexes, ce qui permet aux PME et aux ETI d'accéder aux nouvelles technologies et de renforcer leur compétitivité.

Ce que cela change pour les dirigeants de PME et d'ETI

Pour un dirigeant qui envisage d'ouvrir son capital ou de céder à un fonds, ce changement d'époque a des conséquences concrètes. Les investisseurs examineront davantage le potentiel d'amélioration opérationnelle que la capacité d'endettement, et la qualité de la relation avec l'équipe de gestion comptera autant que la valorisation. D'où l'intérêt de préparer un plan de transformation crédible, et de bien choisir le fonds, comme le conseil, qui accompagneront l'opération.

À retenir

  • Avec la hausse des taux, la création de valeur repose de nouveau sur l'amélioration réelle de la rentabilité, plus sur le levier financier.
  • Le private equity reste un métier d'accompagnement humain, fondé sur la connaissance des entreprises et de leurs dirigeants.
  • Les actifs non cotés sous gestion sont passés de moins de 4 000 à plus de 13 000 milliards de dollars entre 2010 et fin 2023, avec 30 000 milliards envisagés en 2030.
  • Le rendement annualisé du private equity avoisine 13 % depuis 2000, contre 8 % pour le MSCI World.
  • Face à l'intelligence artificielle, les fonds peuvent aider les PME et ETI à financer et mener leur transformation.

Qui est Dominique Senequier ?

Née le 21 août 1953 à Toulon, Dominique Senequier grandit dans le quartier populaire du Pont du Las. Après une classe préparatoire au lycée Thiers de Marseille, elle entre à l'École polytechnique en 1972, dans la première promotion ouverte aux femmes, où elles ne sont que sept. Elle est également diplômée de l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne.

Elle fait ses débuts en 1980 au sein du groupe d'assurance GAN, où elle travaille dans la réassurance, le développement international puis le capital-investissement. En 1996, elle rejoint AXA pour y créer AXA Private Equity, qu'elle développe jusqu'à en faire l'un des premiers acteurs européens du secteur. En 2013, elle conduit la prise d'indépendance de cette activité, qui devient Ardian. En 2025, elle annonce céder ses responsabilités opérationnelles tout en gardant la main sur la stratégie.

Administratrice de plusieurs grands groupes, dont Hermès, où elle est vice-présidente du conseil de surveillance, elle est officière de la Légion d'honneur depuis 2021. Le 16 janvier 2023, elle est élue à l'Académie des sciences morales et politiques, dans la section Économie politique, statistique et finances, au fauteuil de Bertrand Collomb.

D'après l'article Dominique Senequier de Wikipédia, sous licence CC BY-SA 4.0.

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